Une amitié singulière
Série: Une amitié singulière, Tome 0
Dessinateur : Floc'h
Coloriste : Floc'h
Scénariste : Rivière
Editeur: Dargaud
La vie de sir Francis Albany et Olivia Sturgess n’est pas vraiment un long fleuve tranquille. Plus que d’une relation amoureuse, on peut parler d’une certaine amitié et complicité qui sera marquée par de nombreux événements perturbateurs mais aussi parfois par une certaine rivalité.
Dans « Le rendez-vous des Sevenoaks », un jeune journaliste écrivain, Gorge Croft, se rend compte que le roman « thriller » qu’il a imaginé a été rédigé quasiment mot pour mot par un autre auteur de thriller décédé quelques années plus tôt, Basil Sedbuk… Dans sa recherche pour comprendre, Croft va croiser l’ancienne amante et actrice de Sedbuk : Myriam de Karla… Au plus l’enquête avance, au plus la présence de Basil Sedbuk devient oppressante…Francis et Olivia sont les témoins impuissants face à cette mise en abime irréversible....
Dans « Le dossier Harding », Francis mène l’enquêter pour comprendre pourquoi l’éditeur Harding a été étranglé dans un taxi par une mystérieuse femme portant un voile de deuil. L’enquête mène auprès d’un ancien boxeur, amant de la femme de Harding et d’un certain Bryan Forbes, conseiller financier du défunt… La femme en deuil fera son retour ; ce qui plongera la femme de Harding dans un grand trouble psychiatrique mais la sagacité de Francis n’est plus à démontrer…
Dans « A la recherche de sir Malcolm », Francis se remémore ses souvenirs de jeunesse et le funeste voyage du Titanic où il a perdu son père. Son père, sir Malcolm venait d’être nommé ambassadeur à Washington mais lors du trajet, il a été mêlé à une sombre histoire d’espionnage. 40 ans après le naufrage, Francis reconstitue le déroulement de cette croisière et rassemble peu à peu les pièces d’un puzzle qui lui avaient échappés à l’époque…
Dans la trilogie du Blitz, le contexte est différent : Londres est bombardée quasi tous les jours et les habitants n’ont d’autre choix que de s’abriter dans le métro ou tout autre abri susceptible de les protéger…
Dans « Blitz », la tragédie imaginée par Francis Albany et Olivia Sturgess se déroule dans la demeure cossue de lord Hewston-David, à Chelsea. Son fils Tony emmène sa compagne Vanessa au théâtre au mépris des bombes, ils vont rejoindre leur ami David, récemment rentré à Londres. Pendant ce temps, le lord et son épouse accueillent le major Bridges pour une causerie. Les choses se corsent lorsque l’on retrouve au petit matin le corps d’un dénommé lord Addington… C’est là où on découvre que tout le monde n’est pas celui que l’on pense...
Dans « Underground », acte 1, une veille rombière et son fils, un prêtre, un enfant et un couple distingués se retrouvent à la station de métro Cécil Cour pour fuir les bombes, ils sont accueillis par la gérante de l’abrit qui leur offre le thé. Les choses se gâtent lorsque le jeune dandy se dit pour un rapprochement avec l’Allemagne à l’effarement général des sujets de sa Majesté… L’acte 2 se passe dans la station de métro Plumton, s’y retrouve, un riche commerçant (grâce au marché noir) imbu de lui-même avec sa nièce et le fils de celle-ci, un soldat qui rentre juste du front et un majordome un peu éméché, le tout sous la supervision de l’hôtesse de la station… les choses se gâtent lorsqu’un petit truand accompagné d’une jeune femme qu’il prostitue rentre à son tour dans la station..
Dans « Black out », on reprend les personnages initiaux de Blitz. David est tué alors qu’il tente d’apporter un message important au premier ministre. Tony qui a pris le rôle de Warden (personne qui constate les dégâts engendrés lors des bombardements) est appelé en urgence pour prendre en charge le courrier si important. S’en suit une longue course-poursuite à travers Londres où un tueur fait tout pour empêcher le jeune homme de parvenir à ses fins… L’histoire imaginée par Francis Albany et dessinée par Miss Craigie pourrait s’en tenir là mais le même jour parait « Eden », un roman rédigé par Olivia Sturgess qui met fin à la vie de Tony alors qu’il exerce son rôle de Warden… Et si cette fin divergente d’une histoire imaginée au départ par les deux comparses n’étaient qu’un affaire de jalousie ou de fierté personnelle ?
Enfin, dans Olivia Sturgess 1914-2004 et la collection Albany-Sturgess 2005, on découvre la vie de l’écrivaine, de sa jeunesse à sa mort, sous la forme de différents témoignages. Ceci est complété par le catalogue d’une exposition sur Albany et Sturgess où l’on redécouvre plusieurs objets ayant appartenus aux personnages…
L’idée de réaliser une intégrale pour l’œuvre de Floc'h et Rivière est en soi une excellente idée. Pour avoir lu dans le passé plusieurs des albums séparément, relire l’intégrale en une fois permet de faire des liaisons entre les différentes histoires et force est de constater que l’ensemble forme un tout particulièrement cohérent !
Par le biais de différents angles (aventures que vivent Albany et Sturgess, mise en scène d’histoires imaginées par les deux auteurs et par le biais indirect des témoignages et autres objets d’exposition, on finit par se dire que ces deux personnages ont réellement existés et que leur amitié était effectivement singulière. En effet, la relation créée entre les deux personnages est un subtil mélange d’admiration réciproque, de complicité intellectuelle et de jalousie ou d’amour-propre pas toujours bien placés… On ne peut pas exclure non plus peut-être des sentiments davantage d’ordre amoureux sans que l’un ou l’autre ne l’exprime ouvertement…

L’œuvre de Floc’h se « réduit « à cette intégrale et réduire est un bien mauvais terme. D’une part, l’intégrale fait quand même 406 pages et d’autre part, l’œuvre en elle-même est immense. Le dessin de Floc’h est un modèle de précision millimétrée qui pour moi est au moins égale voire supérieure à Hergé (certains diront peut-être même trop millimétrée dans certains cas). On ne peut que regretter que le dessinateur a préféré arrêter sa carrière dans la bande dessinée pour se consacrer au dessin pur…
L’incroyable talent de Floc’h dans cette ligne claire donne d’ailleurs un bémol à cette intégrale car le format réduit du volume met moins en valeur la qualité du dessin. Si l’on peut comprendre une certaine logique de l’éditeur, faire une intégrale en plein format reviendrait à lire un immense et lourd bouquin peu pratique à la lecture, le grand format est beaucoup plus agréable à la lecture pour ce style si travaillé. Mais ne boudons pas notre plaisir car l’ambiance so british élaborée par Rivière ainsi que la dimension historique du récit (bien expliquée en avant-propos) ne pâtissent pas du format réduit et, comme dit précédemment, l’ensemble de l’œuvre y gagne en homogénéité. A lire ou relire pour tout amateur de ligne claire !